Le politique, un objet de consommation

Publié le dimanche 1 mai 2011 à 9 h 24 min par Benoit Duguay.

Circonstances électorales obligent, ce matin, je vais traiter de l’ensemble de ce qui est politique, c’est-à-dire les affaires publiques, les pratiques des gouvernements, les façons de gouverner, sans oublier le processus électoral, dans une perspective de consommation.

Vous n’êtes pas sans savoir que nos gouvernements, sans exception et à tous les paliers, gèrent maintenant les affaires publiques, non pas avec la perspective d’assurer le mieux-être du plus grand nombre de leurs commettants, mais plutôt de manière à assurer leur réélection.

Toujours dans la perspective d’assurer leur élection, les partis politiques, tant celui au pouvoir que ceux de l’opposition,  en sont venus à appuyer les intérêts de groupes idéologiques marginaux, dont les idées ne sont pas partagées par une vaste majorité de la population, mais dont les idées bénéficient, pour un moment du moins, de la faveur des médias et donc, en apparence tout au moins, d’une faveur, populaire certes, mais sans forcément être majoritaire.

Ceci ne correspond pas véritablement à ce que doit être la démocratie, c’est-à-dire la libre expression de la volonté du peuple dans l’élection de ses représentants pour exercer le pouvoir politique et, par extension, dans l’exercice du pouvoir en fonction du mieux-être du plus grand nombre. Or, dans les démocraties occidentales, le plus grand nombre a toujours été la classe moyenne, fortement malmenée depuis au moins vingt ans.

Cela dit, comment et pourquoi en est-on arrivé là? Dans mon analyse du politique comme objet de grande consommation, je me pencherai aujourd’hui sur un outil utilisé pour faire le marketing d’un produit, le sondage d’opinion.

Cette technique d’exploration des attentes, des croyances, des sentiments et des attitudes, a d’abord été utilisée dans la sphère commerciale aux États-Unis, dans le but évident de faire croître les marchés. Dans les années 1930, l’idée d’utiliser cette technique dans le monde politique fait son chemin et, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1936, George Horace Gallup fonde l’Institut américain d’opinion publique; ce sera le point de départ des maintenant célèbres Gallup Polls.

Si les informations recueillies par les sondages étaient alors, et sont toujours, fort utiles, entre autres pour développer les produits et formuler des arguments publicitaires, on s’est vite aperçu que la technique pouvait également participer à l’effort de communication; en effet, la divulgation des résultats des sondages par la voie des médias traditionnels, des réseaux sociaux et même de messages publicitaires permet d’influencer l’opinion des gens par ce que j’appellerais un effet de mimétisme.

Or, dans la sphère politique, cet effet de mimétisme influence le libre choix de l’électeur. C’est d’ailleurs pourquoi  on a créé en France la Commission des sondages. Malheureusement, si à l’origine cette commission avait interdit la publication des résultats de sondages pendant la dernière semaine avant l’élection, cette contrainte a été réduite à une seule journée en 2002.
Dans ces conditions on ne peut plus véritablement parler de démocratie; parlons plutôt de simulacre ou de perversion de la démocratie. Dans le contexte de la présente élection, on a vu un engouement se dessiner pour Jack Layton et par extension, pour le Nouveau Parti Démocratique; cet enthousiasme a été alimenté, entre autres par la publication des résultats des sondages sur une base quotidienne et par une couverture favorable dans la plupart des médias pour qui ce phénomène est une véritable manne.

Je me suis moi-même laissé emporté par cette vague de sympathie et suis donc en bonne position pour en apprécier la puissance. Cela dit, revenons à la démocratie.

Lundi soir, il est primordial que soit porté au pouvoir, avec une minorité ou une majorité de sièges, un parti qui représente véritablement la volonté des Canadiens; en outre, il importe que ce quarante et unième parlement compte en son sein une opposition forte, responsable et capable de représenter les intérêts de tous, d’un océan à l’autre.

Si on exclut les formations marginales sans représentation au parlement, quatre partis sont en lice : Conservateur, Libéral, Nouveau Parti Démocratique et Bloc québécois. De l’aveu de plusieurs militants, le Bloc québécois n’a plus sa raison d’être à Ottawa; comme plusieurs, j’exclus donc ce parti de mes choix et espère que la vaste majorité des québécois feront de même. La présence de ce parti à Ottawa est une des raisons qui explique l’instabilité politique dont souffre le Canada depuis 2004. Même si vous souhaitez la création d’un Québec indépendant, ce qui n’est pas mon cas, ce n’est pas à Ottawa que vous devez envoyer des députés; c’est même dans votre intérêt que le Canada soit stable politiquement.

Restent donc en lice trois partis; pour ma part, selon les enjeux, j’ai des affinités avec les trois et suis conscient du fait qu’aucun des trois n’est parfait. Pour savoir lequel des trois représentait globalement le mieux ma position personnelle, j’ai utilisé la Boussole électorale de Radio-Canada; j’ai trouvé cet outil particulièrement utile pour remettre un peu de rationalité dans ce qui est devenu un débat émotif sans grands enjeux.

Demain, je vais voter pour la formation de laquelle je suis dans l’ensemble le plus proche idéologiquement.

Je vous exhorte donc tout d’abord à aller voter; c’est non seulement votre droit, mais une importante responsabilité. En outre, je vous encourage à ne pas voter pour une formation politique dans le but de bloquer un parti ou un autre, les Conservateurs ou le Bloc dans le contexte actuel. Ce genre de vote « stratégique » est néfaste à la démocratie; il peut en outre produire des résultats inattendus que vous n’auriez pas souhaités. Je vous invite donc à voter pour l’un des trois partis pancanadiens, celui duquel vous êtes le plus proche sur le plan idéologique; c’est seulement comme ça que s’exprimera véritablement la démocratie.


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