Développement durable

Alain A. GRENIER et Ari VIRTANEN

En 1983, les Nations Unies mandatent Gro Harlem Brundtland, ancienne première ministre de Norvège, à mener une enquête sur l’État de santé de la planète. Sa Commission mondiale sur l’environnement et le développement culminera par la publication en 1987 du rapport Notre avenir à tous (Our Common Future). De ce rapport, jaillira un paradigme qui, quoique pas tout à fait nouveau, n’avait jamais obtenu l’attention du public. Dans le contexte de la crise énergétique des années 1970 et de la crise environnementale des années 1980, le vent tourne. L’éveil environnemental qui a germé se traduira par la popularisation du paradigme de « développement durable » à la fin des années 1980. Ce concept, vulgarisé et consacré par Brundtland (1987), se définit comme :

«  un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs propres ».

 

Cet énoncé, plutôt vague, est ensuite repris largement dans la littérature scientifique et populaire, pour être appliqué avec plus ou moins de réflexion, à plusieurs domaines, comme le tourisme, le transport, etc. Avant toute chose, le concept de développement durable émerge comme une philosophie de développement et de gestion qui doit guider les décideurs publiques, les gestionnaires, les entreprises et les citoyens dans leurs choix de consommation et leurs approches comportementales à l’égard des ressources, des écosystèmes (y compris la flore et la faune) et de leurs concitoyens. Le concept est généralement représenté par un diagramme de Venn (illustration 1) où les trois sphères d’intérêts (à savoir : dimensions environnementale, sociale et économique), se marient au centre pour atteindre l’équilibre durable recherché.

 

Illustration 1 : La représentation la plus classique du concept de développement durable (D.D.) et de ses piliers.

Cette représentation génère plusieurs problèmes. D’une part, la définition omet toute référence claire à la culture et à la nécessité d’une gestion éthique des ressources. Des écosystèmes et des sociétés. Elle ne précise pas non plus ce que la prise en compte des impacts implique. Ce faisant, elle demeure difficilement applicable. Cette faiblesse dans la définition du concept suscite les discussions et les débats. À son tour, le discours morcelé et parsemé de fausses assomptions, devient trompeur et décousu (Liu, 2003 : 459).

Une partie de cette confusion vient du fait que le concept de « durabilité » a été initialement amené pour répondre aux déficiences en matière de gestion environnementale des ressources et de conservation des écosystèmes. Or, la protection de la main d’œuvre et la sauvegarde des cultures des communautés humaines s’avèrent tout aussi importantes dans la réalisation de la durabilité. Le concept initial (reposant sur la recherche d’un équilibre entre les enjeux du développement économique, le respect des populations locales et l’intégrité des écosystèmes) a donc été revu pour y intégrer les notions d’éthique (Macbeth,2005: 4) et d’équité culturelle (UNESCO, 2001). Ainsi, le concept de développement durable comporte au moins cinq principaux pôles.

En tenant compte de ces nécessités de compromis, d’éthique et d’intégrité, on peut alors définir le développement durable comme :

un mode de gestion (des projets, produits et services) qui favorise et obtient une intendance équilibrée entre les objectifs de développement des acteurs et les retombées (sociales, culturelles etéconomiques) sans pour autant compromettre l’intégrité des écosystèmes naturels et des communautés locales qui y vivent ou en dépendent (adapté de Grenier, 2015).

L’application du concept de développement durable est souvent étiquetée d’utopie. L’approche holistique de la gestion que nécessite l’application du concept de développement durable n’est certes pas facile. Elle nécessite notamment une compréhension minutieuse des interrelations entre les différents piliers du développement selon des facteurset des indicateurs multiples.

Après le débat sur la conceptualisation du développement durable, la recherche se penche depuis plusieurs décennies déjà sur l’identification des indicateurs et des mécanismes les plus appropriés à l’évaluation des applications du développement durable. Le travail est rendu plus difficile du fait que le concept adopte une approche macro tandis que son application estdavantage liée à des problèmes de niveau micro. Plusieurs ont proposé des modèles d’application au concept et identifiés des indicateurs. Aucun modèle à ce jour n’a obtenu de sanction universelle compte-tenu des difficultés de concordance et d’harmonisation entre les niveaux macro et micro de la gestion; et entre lesintérêts internationaux, régionaux et locaux.

Au-delà des arguments d’ordre conceptuel ou des difficultés d’application et de mesure, le concept de développement durable sous-entend de revoir la notion de croissance, dans une perspective nécessaire de limites à la croissance. Ce principe ne sera pas accepté de tous les acteurs, à moins de pouvoir démontrer comment la croissance nuit à l’équilibre durable recherché. Le concept de développement durable nécessite aussi la transition énergétique (période au cours de laquelle des modes de productions énergétiques écologiquement responsables viendront graduellement remplacer les modes actuels défaillants, sur le plan environnemental).

La surveillance et l’audit constituent deux moyens pour surveiller le développement et signaler les correctifs à apporter à tout déséquilibre dans l’application du concept, des valeurs et des principes des concepts de développement et de tourisme durables. 

L’application du concept et des principes du tourisme durables nécessite de tous les acteurs et les bénéficiaires de revoir et changer certains de ses comportements de consommation et de gestion pour adopter des modes de fonctionnement plus équilibrés, moins nocifs pour l’environnement et ce, dans le plein respect des droits humains – dont l’accès, l’équité et l’égalité). Cela nécessite une meilleureconnaissance des acteurs de leurs impacts (Miller et al. 2010). À court termes, cela peut nécessiter des sacrificeset des investissements. À long terme, c’est l’ensemble des sociétés, descitoyens et des écosystèmes qui enbénéficient.

Voilà les principes et les valeurs qui guident la recherche que professeurs et étudiant.e.s mènent ensembles dans le cours ESG 6230 – Gestion du développement durable : exploration internationale.

Sources :

BRUNTLAND, Gro Harlem (1987) Our common Future, World Commission on Environment and Development,WCED.

GRENIER, Alain A. (2015) « Tourisme durable », pp. 997-1001, dans Le dictionnaire de la pensée écologique, sous la direction de D. Bourg et A. Papaux. Paris : Presses universitaires de France. 1088 pages.

LIU, Z.H. et E. JONES (1996) « Systems perspective of sustaianble tourism », p.p. 209-221 dans Proceedings of the International Conference on Urban and Regional Tourism, sous la direction de M. SAAYMAN, Potchefstroom: Afrique du Sud.

MacBETH, Jim (2005) « Towardsan ethics Platform for tourism », Annalsof Tourism Research, vol. 32, no. 4, p. 962-984.

MILLER, Graham; Kathryn RATHOUSE; Caroline SCARLES; Kirsten HOLMES et John TRIBE (2010) « Public Understanding of Sustainable Tourism », Annals of Tourism Research, Vol. 37, No. 3, pp. 627–645.

UNESCO – Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (2001) « Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle », UNESCO. <http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=13179&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html >.