{"id":202,"date":"2009-11-21T15:02:40","date_gmt":"2009-11-21T20:02:40","guid":{"rendered":"http:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/?p=202"},"modified":"2009-11-21T15:02:40","modified_gmt":"2009-11-21T20:02:40","slug":"consommation-et-nouvelles-technologies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/2009\/11\/21\/consommation-et-nouvelles-technologies\/","title":{"rendered":"Consommation et nouvelles technologies"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un grand plaisir pour moi de vous pr\u00e9senter aujourd&rsquo;hui quelques extraits tir\u00e9s de l&rsquo;introduction de mon plus r\u00e9cent ouvrage (p. 12 \u00e0 16), <em><a href=\"http:\/\/www.cifort.uqam.ca\/duguay\/html\/consommation_techno.htm\">Consommation et nouvelles technologies, Au monde de l&rsquo;hyper<\/a><\/em>.<\/p>\n<p>Les fouilles arch\u00e9ologiques d\u00e9montrent que, d\u00e8s l\u2019aube des temps, le d\u00e9veloppement technologique \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la survie; on pourrait donc qualifier de fonctionnelles les attentes dominantes des premiers hommes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des outils rudimentaires qu\u2019ils ont invent\u00e9s. Par l\u00e0 je veux dire que ces outils devaient remplir efficacement une fonction particuli\u00e8re ; par exemple, la lance avec une pointe en silex devait permettre au chasseur de tuer sa proie avant d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame d\u00e9vor\u00e9. Il y a cependant lieu de croire que d\u2019autres types d\u2019attentes, symboliques par exemple, pouvaient \u00e9galement exister; comment expliquer la d\u00e9coration sur la lance, sinon comme un symbole conf\u00e9rant un statut ou un pouvoir au chasseur? On peut donc dire que le d\u00e9veloppement technologique se faisait alors principalement selon un paradigme de n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Or, de toute \u00e9vidence, tel n\u2019est pas le cas actuellement dans notre soci\u00e9t\u00e9 d\u2019hyperconsommation; le d\u00e9veloppement technologique est aujourd\u2019hui essentiellement dict\u00e9 par des consid\u00e9rations commerciales, en tout premier lieu la n\u00e9cessit\u00e9 pour les fabricants de diff\u00e9rencier leurs produits de ceux de leurs concurrents. L\u2019iPhone 3G, lanc\u00e9 au Canada en juillet 2008, en est un exemple \u00e9loquent. Loin de moi l\u2019id\u00e9e de d\u00e9nigrer ce gadget qui de toute \u00e9vidence pla\u00eet \u00e0 un segment de march\u00e9 bien pr\u00e9cis; sinon, comment expliquer, lors de son lancement, les files d\u2019attente interminables devant les magasins pour avoir le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre parmi les premiers \u00e0 poss\u00e9der cette merveille? Son design satisfait indubitablement des attentes esth\u00e9tiques et ses nombreuses fonctions, trop nombreuses en fait pour l\u2019utilisateur moyen, permettent \u00e0 ses usagers d\u2019en justifier l\u2019achat sur le plan utilitaire (attentes fonctionnelles). La question n\u2019est pas l\u00e0. Le principal attrait du iPhone tient \u00e0 l\u2019image, au mythe devrais-je dire, qu\u2019Apple a d\u00e9velopp\u00e9e autour de celui-ci, comme autour de ses autres produits, l\u2019iPod, par exemple; comme ce dernier, l\u2019iPhone est un objet culte, un symbole de statut (attentes symboliques), voire, pour certaines personnes, une possession qui leur permet de rehausser une estime de soi un peu faible (attentes imaginaires). L\u2019image de l\u2019iPhone, comme celle de produits concurrents, tels le Touch Diamond (HTC) et l\u2019Omnia (Samsung), offrant un design, des caract\u00e9ristiques et des fonctionnalit\u00e9s tr\u00e8s similaires, permet \u00e0 Apple, HTC et Samsung de vendre leurs produits plus cher que d\u2019autres produits de leurs gammes respectives, car les amateurs de ces gadgets sont moins sensibles au prix, pourvu que celui-ci demeure dans une gamme dont on a sans aucun doute \u00e9tabli les limites (attentes financi\u00e8res). On peut donc dire que le d\u00e9veloppement technologique se fait aujourd\u2019hui selon un paradigme d\u2019\u00e9change marchand. Qui plus est ce paradigme est \u00e9galement mercantile, il repose sur la cupidit\u00e9, la recherche de profits excessifs, bien souvent sans \u00e9gard pour la qualit\u00e9 et la durabilit\u00e9 du produit, les clients et les employ\u00e9s.<\/p>\n<p>Sous une forme ou sous une autre, tout comme la technique, la consommation a toujours exist\u00e9. Certes, on peut penser que l\u2019homme des cavernes pouvait subvenir \u00e0 toutes les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie \u2014 boire et manger, se v\u00eatir et se pr\u00e9munir contre les \u00e9l\u00e9ments \u2014 sans faire appel \u00e0 qui que ce soit, sans m\u00eame faire du troc avec ses semblables. Mais on se dit \u00e9galement que, au bout d\u2019un certain temps, il a sans doute compris que tout faire seul \u00e9tait \u00e0 la fois fatigant et ennuyeux; manger de l\u2019ours pendant deux mois parce que celui qu\u2019on a abattu faisait trois cents kilos peut devenir monotone alors qu\u2019il est si simple d\u2019en troquer quelques dizaines de kilos contre un peu d\u2019\u00e9lan que le voisin de caverne a tu\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9. Cela fait de la vari\u00e9t\u00e9 \u00e0 table et de la conversation avec ses semblables. Voil\u00e0 comment on peut imaginer le d\u00e9but du commerce et de la consommation.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, rares sont ceux qui subviennent seuls \u00e0 ce que nous appelons nos besoins. Il est vrai que certains confectionnent leurs v\u00eatements, d\u2019autres cultivent un potager ou \u00e9l\u00e8vent des lapins, quelques-uns chassent le chevreuil ou le canard sauvage, plusieurs vont \u00e0 la p\u00eache; on en voit m\u00eame qui fabriquent des meubles et qui assemblent leur propre ordinateur. Je n\u2019ai en revanche jamais entendu parler de quelqu\u2019un ayant r\u00e9ussi \u00e0 fabriquer soi-m\u00eame et sans outillage sp\u00e9cialis\u00e9 le processeur sans lequel aucun ordinateur ne peut fonctionner; en fait, sauf \u00e0 mener une vie spartiate recluse au fin fond des bois que m\u00eame les plus convaincus d\u00e9fenseurs de la simplicit\u00e9 volontaire ne voudraient pas, personne ne peut subvenir seul \u00e0 toutes les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie. Hier comme aujourd\u2019hui, on ne peut pas ne pas consommer, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019adresser au march\u00e9 pour acqu\u00e9rir des choses que requiert notre bien-\u00eatre, voire notre simple survie. La consommation est en somme un acte essentiel. Elle est \u00e9galement essentielle sur le plan collectif \u2014 rappelons-nous les nombreux responsables politiques et repr\u00e9sentants du monde des affaires qui ont incit\u00e9 les populations \u00e0 reprendre leur consommation au paroxysme de la crise \u00e9conomique r\u00e9cente.<\/p>\n<p>La consommation n\u2019est pas seulement indispensable, c\u2019est \u00e9galement une activit\u00e9 agr\u00e9able, parfois ludique, source d\u2019un plaisir que certains, il est vrai, s\u2019autorisent \u00e0 l\u2019exc\u00e8s au point de crouler sous un endettement si d\u00e9mesur\u00e9 qu\u2019ils deviennent incapables de faire face \u00e0 leurs obligations financi\u00e8res. C\u2019est \u00e9videmment dramatique, tant sur le plan personnel que sur le plan collectif \u2014 cela a constitu\u00e9 un des principaux facteurs qui ont entra\u00een\u00e9 le monde dans la crise.<\/p>\n<p>La technologie aussi a envahi nos vies. Plusieurs diront qu\u2019elle a lib\u00e9r\u00e9 l\u2019homme. Vu sous un certain angle, c\u2019est rigoureusement exact. Pensons aux corv\u00e9es m\u00e9nag\u00e8res grandement facilit\u00e9es par toutes sortes d\u2019appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers. Elle a aussi permis \u00e0 l\u2019homme d\u2019exprimer plus ais\u00e9ment sa cr\u00e9ativit\u00e9; par exemple, des logiciels pas tr\u00e8s chers permettent d\u00e9sormais \u00e0 des personnes dont l\u2019aptitude pour le dessin est limit\u00e9e de cr\u00e9er des pr\u00e9sentations et des sites web dont les illustrations rivalisent avec celles r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 main lev\u00e9e par un dessinateur professionnel avant l\u2019\u00e8re de la micro-informatique. En conf\u00e9rant une grande libert\u00e9 de mouvement \u00e0 la classe moyenne, les v\u00e9hicules automobiles ont permis le d\u00e9veloppement de l\u2019Am\u00e9rique du Nord telle que nous la connaissons aujourd\u2019hui. Un transport a\u00e9rien rapide et relativement bon march\u00e9 a rapproch\u00e9 les continents et permis \u00e0 des personnes disposant de revenus moyens de d\u00e9couvrir des contr\u00e9es aussi exotiques que lointaines, un privil\u00e8ge autrefois r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite.<\/p>\n<p>La technologie n\u2019a cependant pas produit que des effets b\u00e9n\u00e9fiques. Outre le fait d\u2019exacerber l\u2019individualisme, voire l\u2019\u00e9go\u00efsme, elle a paradoxalement aussi induit une forme de d\u00e9pendance, parfois m\u00eame de ce qui s\u2019apparente presque \u00e0 l\u2019esclavage. Pensons aux millions de personnes qui, les yeux riv\u00e9s \u00e0 un \u00e9cran, alignent jour apr\u00e8s jour, dans bien des cas nuit apr\u00e8s nuit, des milliers de lignes de codes pour apprendre aux ordinateurs comment traiter des quantit\u00e9s colossales d\u2019information. Plus simplement, rappelons-nous notre d\u00e9sarroi lorsque notre ordinateur personnel tombe en panne. Et puis la technologie a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9largir l\u2019\u00e9cart entre nations riches et nations pauvres, favoris\u00e9s et d\u00e9favoris\u00e9s, bref elle a cr\u00e9\u00e9 un foss\u00e9 num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Dans cet ouvrage, nous nous pencherons sur la place de la technologie dans l\u2019\u00e9volution de nos soci\u00e9t\u00e9s et sur son r\u00f4le dans l\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019hyperconsommation. Nous dirons que ce r\u00f4le est \u00e0 la fois direct, parce que le d\u00e9veloppement technologique a multipli\u00e9 l\u2019offre de produits dont sont friands les consommateurs, et indirect, parce que les nouvelles technologies ont transform\u00e9 les secteurs de la production, du commerce et de la finance. Elles ont ainsi permis d\u2019abaisser le co\u00fbt de production, de cr\u00e9er un nouveau r\u00e9seau de distribution en ligne, de concevoir des produits financiers d\u00e9riv\u00e9s. Bien entendu, il n\u2019y a rien de mal dans ces progr\u00e8s technologiques; c\u2019est la nature humaine qui d\u00e9termine l\u2019usage positif ou n\u00e9gatif qu\u2019on en fait. La r\u00e9duction des co\u00fbts de production aurait pu \u00eatre mise \u00e0 profit pour r\u00e9duire les prix, permettant l\u2019acc\u00e8s d\u2019un plus grand nombre aux produits; la cupidit\u00e9 humaine y a plut\u00f4t vu l\u2019occasion d\u2019augmenter la profitabilit\u00e9 des entreprises, apr\u00e8s avoir bien s\u00fbr ajout\u00e9 quelques fonctionnalit\u00e9s aux produits dans le but de les diff\u00e9rencier des produits concurrents.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons pas voulu brosser ici un simple bilan historique des diff\u00e9rentes technologies; bien s\u00fbr, nous en pr\u00e9sentons l\u2019\u00e9volution, mais en d\u00e9montrant leur lien avec la consommation. Notre intention n\u2019est pas de faire une \u00e9num\u00e9ration de toutes les versions et de tous les usages des nouvelles technologies; nous entendons simplement en d\u00e9crire l\u2019explosion avec suffisamment de pr\u00e9cision pour qu\u2019on mesure la place qu\u2019elles ont fini par occuper dans nos soci\u00e9t\u00e9s. On ne trouvera pas non plus ici une critique acerbe de la technologie en g\u00e9n\u00e9ral; d\u2019autres avant nous se sont charg\u00e9s d\u2019en diaboliser l\u2019usage. Comme dans nos autres travaux, notre critique est mod\u00e9r\u00e9e et constructive. Nous cherchons \u00e0 pr\u00e9senter les avantages de la technologie tout autant que les d\u00e9rives qu\u2019elle peut entra\u00eener, \u00e0 d\u00e9montrer le lien \u00e9troit entre consommation et technologie, et \u00e0 expliquer pourquoi hyperconsommation et hypertechnicisation de notre monde vont de pair.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un grand plaisir pour moi de vous pr\u00e9senter aujourd&rsquo;hui quelques extraits tir\u00e9s de l&rsquo;introduction de mon plus r\u00e9cent ouvrage (p. 12 \u00e0 16), Consommation et nouvelles technologies, Au monde de l&rsquo;hyper. Les fouilles arch\u00e9ologiques d\u00e9montrent que, d\u00e8s l\u2019aube des temps, le d\u00e9veloppement technologique \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la survie; on pourrait donc qualifier de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/202"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=202"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/202\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}