{"id":218,"date":"2010-03-15T11:05:54","date_gmt":"2010-03-15T16:05:54","guid":{"rendered":"http:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/?p=218"},"modified":"2010-03-15T11:05:54","modified_gmt":"2010-03-15T16:05:54","slug":"vers-un-capitalisme-responsable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/consommation\/2010\/03\/15\/vers-un-capitalisme-responsable\/","title":{"rendered":"Vers un capitalisme responsable"},"content":{"rendered":"<p>Devant la sp\u00e9culation que nous observons sur les march\u00e9s financiers, j\u2019ai entrepris une s\u00e9rie de chroniques pr\u00e9sentant les ravages du capitalisme financier. Dans la premi\u00e8re, j\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 les <a href=\"http:\/\/benoit-consommation.blogspot.com\/2010\/01\/les-ravages-du-capitalisme-financier.html\">m\u00e9faits de la sp\u00e9culation<\/a>, en particulier le lien entre celle-ci et la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re qui s\u00e9vit sur la plan\u00e8te depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2007. Dans la seconde, j\u2019ai parl\u00e9 de la <a href=\"http:\/\/benoit-consommation.blogspot.com\/2010\/02\/speculation-les-origines-du-capitalisme.html\">naissance et de l\u2019\u00e9volution du capitalisme et de la bourse<\/a>, et compar\u00e9 deux formes d\u2019investissements dans une entreprise de haute technologie. Dans la troisi\u00e8me chronique, j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 les <a href=\"http:\/\/benoit-consommation.blogspot.com\/2010\/02\/lien-entre-speculation-boursiereet.html\">besoins en financement des entreprises technologiques<\/a>. Dans cette quatri\u00e8me et derni\u00e8re chronique, j\u2019introduirai un nouveau mode d\u2019organisation \u00e9conomique \u00e0 privil\u00e9gier, le capitalisme responsable.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9, le d\u00e9veloppement, technologique ou autre, doit reposer sur un nouveau paradigme dit de capitalisme responsable, un concept que nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 en 2007 dans l\u2019ouvrage <a href=\"http:\/\/www.cifort.uqam.ca\/duguay\/html\/consommation_luxe.htm\">Consommation et luxe<\/a>. Nous d\u00e9finissons le capitalisme responsable comme un syst\u00e8me socio-\u00e9conomique fond\u00e9 sur la libre pratique du commerce, des affaires, de l\u2019industrie et de la finance, dans une perspective de respect des int\u00e9r\u00eats de tous les acteurs en pr\u00e9sence, entre autres le simple citoyen, l\u2019\u00c9tat, les entreprises et les organismes financiers; on retrouve dans cette notion d\u2019acteur le sens que les Anglo-Saxons donnent au concept de stakeholders, soit toutes les parties prenantes d\u2019une entreprise, aussi bien ses clients, que ses employ\u00e9s, ses fournisseurs ou ses investisseurs. Issu du monde m\u00eame qui l\u2019a fait na\u00eetre, celui des affaires, le capitalisme responsable s\u2019inscrit dans une \u00e9volution du capitalisme, du capitalisme marchand de Venise au capitalisme industriel de la R\u00e9volution industrielle du XIXe si\u00e8cle puis au capitalisme financier de l\u2019\u00e8re moderne (Pour ces trois formes de capitalisme, voir K. Galbraith, The Economics of Innocent Fraud, Boston, Houghton Mifflin Company, 2004, p. 8.).<\/p>\n<p>Conscients de leurs responsabilit\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9, de plus en plus d\u2019hommes et de femmes d\u2019affaires ne peuvent que souscrire \u00e0 une vision plus humaine des pratiques commerciales, industrielles et financi\u00e8res. \u00c0 ceux qui pourraient me croire bien na\u00eff, je souligne le fait d\u2019avoir \u0153uvr\u00e9 dans ce monde pendant plus de 25 ans et le c\u00f4toyer encore fr\u00e9quemment; je peux vous assurer qu\u2019il n\u2019est pas peupl\u00e9 que bandits, d\u2019escrocs, de tyrans et de sp\u00e9culateurs. J\u2019en prends pour preuve des organisations telle BSR (Business for Social Responsibility), un \u00ab\u00a0leader mondial de la responsabilit\u00e9 sociale, soci\u00e9tale et environnementale des entreprises (RSE) depuis 1992\u00a0\u00bb, dont la mission est d\u2019\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.bsr.org\/fr\/about\/index.cfm\">aider les entreprises \u00e0 contribuer \u00e0 cr\u00e9er un monde plus juste et plus durable.<\/a> \u00bb<\/p>\n<p>Parmi les plus fervents d\u00e9fenseurs du capitalisme responsable, on compte \u00e9galement des hommes politiques influents tels Nicolas Sarkozy et Barack Obama. Ainsi, pendant la campagne qui l\u2019a men\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la France en 2007, Nicolas Sarkozy proposait un capitalisme \u00ab\u00a0familial\u00a0\u00bb, fond\u00e9 sur des valeurs plus humaines, qui s\u2019inscrit dans la perspective de responsabilit\u00e9 sociale que nous venons de d\u00e9crire\u00a0: \u00ab <a href=\"http:\/\/www.u-m-p.org\/propositions\/index.php?id=05_capitalisme\">Je crois dans la force cr\u00e9atrice du capitalisme, mais je suis convaincu que le capitalisme ne peut pas survivre sans une \u00e9thique, sans le respect d\u2019un certain nombre de valeurs spirituelles, de valeurs morales, sans l\u2019humanisme, sans la culture. [\u2026] Il faut remettre le capitalisme au service d\u2019une certaine id\u00e9e de l\u2019homme. Je crois dans l\u2019\u00e9thique du capitalisme. Je n\u2019accepte pas, et des milliers d\u2019entrepreneurs avec moi, que le travail salari\u00e9 et l\u2019esprit d\u2019entreprise soient bafou\u00e9s par les r\u00e9mun\u00e9rations et les privil\u00e8ges excessifs que s\u2019octroie une toute petite minorit\u00e9 de patrons. Je n\u2019accepte pas qu\u2019au niveau mondial, pour des raisons de pur profit, on joue avec les salari\u00e9s et avec les usines comme on d\u00e9place des pions sur un jeu de soci\u00e9t\u00e9. [\u2026] Je renforcerai le capitalisme familial.<\/a> \u00bb<\/p>\n<p>Il faut bien l\u2019avouer, m\u00eame sans les pratiques outrageusement sp\u00e9culatives, la nature m\u00eame de la bourse force les entreprises \u00e0 s\u2019engager dans une course \u00e0 la rentabilit\u00e9 qui leur fait souvent prendre des d\u00e9cisions contraires \u00e0 un d\u00e9veloppement harmonieux \u00e0 long terme et certaines contraires \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de leurs employ\u00e9s et clients. D\u00e8s sa premi\u00e8re offre publique d\u2019actions (OPA), une entreprise perd une partie de sa libert\u00e9 d\u2019action; elle est d\u00e8s lors soumise aux exigences de profit des gestionnaires de fonds communs de placement, des grands investisseurs et des sp\u00e9culateurs, ce qui la d\u00e9nature. C\u2019est ce qui explique que Guy Lalibert\u00e9 a toujours refus\u00e9 d\u2019inscrire son entreprise en bourse; le Cirque du Soleil ne serait sans doute pas ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui, si l\u2019entreprise s\u2019\u00e9tait inscrite \u00e0 la bourse, car Monsieur Lalibert\u00e9 n\u2019aurait pas eu toute la latitude voulue pour choisir ses partenaires, ses artistes, ses spectacles, et j\u2019en passe. Je crois d\u2019ailleurs qu\u2019il faut voir dans les r\u00e9cents d\u00e9boires de Toyota l\u2019effet d\u2019une course \u00e0 la rentabilit\u00e9 qui a eu un impact n\u00e9faste sur la qualit\u00e9 de ses produits.<\/p>\n<p>Des patrons de grandes soci\u00e9t\u00e9s refusent d\u2019\u00eatre \u00e0 la remorque des investisseurs. Ainsi, voici ce que d\u00e9clarait Nick Hayek, le PDG de l\u2019horloger Swatch, le 21 mars 2009 \u00e0 la suite d\u2019une baisse du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019entreprise qu\u2019il dirige\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/cgi-bin\/ACHATS\/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&amp;type_item=ART_ARCH_30J&amp;objet_id=1075146\">Pour une entreprise cot\u00e9e en Bourse, qui annonce une chute de b\u00e9n\u00e9fice, r\u00e9duire de 10\u00a0% l&rsquo;effectif permet de faire remonter le titre. Cela ne marche pas comme cela chez nous. Il n&rsquo;y aura ni licenciement ni recul des investissements chez Swatch. Nous acceptons d&rsquo;avoir un rendement amoindri et de ne pas \u00eatre les chouchous de la Bourse.<\/a> \u00bb Ce refus de jouer le jeu boursier pour plaire aux investisseurs s\u2019inscrit dans une perspective de capitalisme responsable.<\/p>\n<p>Le 3 d\u00e9cembre 2008, aux \u00c9tats-Unis, le chroniqueur Ray Williams publiait\u00a0un article dans lequel il affirmait que le paradigme actuel des affaires n\u2019est plus viable, incitant les chefs d\u2019entreprise \u00e0 adopter un capitalisme responsable\u00a0: \u00ab\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s capitalistes ont entam\u00e9 une transformation \u00e9volutive de qui nous sommes, ce que nous valorisons et comment nous nous comportons; celle-ci exige une responsabilit\u00e9 sociale et environnementale, \u00e0 laquelle les chefs d&rsquo;entreprise doivent participer activement. La transformation requiert un mod\u00e8le qui se concentre sur plus que le seul objectif de profitabilit\u00e9 (bottom line); elle envisage une cr\u00e9ation de richesses qui ajoute des gains personnels, sociaux et \u00e9cologiques aux r\u00e9sultats financiers.\u00a0\u00bb (R. Williams, \u00abCEOs need to adopt responsible capitalism\u00bb, Financial Post, 3 d\u00e9cembre 2008) La position du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain Barack Obama s\u2019inscrit dans cette perspective. Entre autres dans un discours prononc\u00e9 le 24 f\u00e9vrier 2009, on constate qu\u2019il d\u00e9fend une vision du capitalisme dans laquelle la prosp\u00e9rit\u00e9 profite \u00e0 tous. M\u00eame s\u2019il n\u2019a pas lui-m\u00eame nomm\u00e9 ce nouveau capitalisme, d\u2019autres l\u2019ont fait pour lui, capitalisme responsable (Responsible Capitalism)\u00a0: \u00ab\u00a0Mardi soir, le discours du pr\u00e9sident Barack Obama \u00e9tait parsem\u00e9 de phrases et d\u2019id\u00e9es soulignant sa vision de la responsabilit\u00e9 de son gouvernement \u00e0 l\u2019effet non seulement de favoriser une \u00e9conomie vigoureuse, mais aussi de s&rsquo;assurer que les gens ordinaires tiraient profit de cette \u00e9conomie. Il n&rsquo;a pas encore pleinement articul\u00e9 sa philosophie \u00e9conomique, et ne lui a pas non plus donn\u00e9 un nom. Mais nous pouvons voir dans ce discours les contours d&rsquo;une nouvelle approche que l&rsquo;on pourrait appeler \u201ccapitalisme responsable\u201d en contraste avec le \u201ccapitalisme de copinage\u201d de l&rsquo;\u00e8re Bush [\u2026] Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il red\u00e9finit ce que signifie un \u201cclimat d&rsquo;affaires sain\u201d \u2014 une prosp\u00e9rit\u00e9 largement partag\u00e9e par les travailleurs, une \u00e9conomie qui cr\u00e9e de bons emplois, permet l\u2019ascension des travailleurs pauvres \u00e0 la classe moyenne, fournit des \u00e9coles de tout premier ordre, des soins de sant\u00e9 d\u00e9cents, et un logement que les familles peuvent se permettre, tout en prot\u00e9geant l&rsquo;environnement.\u00a0\u00bb Le pr\u00e9sident Obama critique \u00e9galement les abus, entre autres ceux de l\u2019industrie et du monde de la finance; \u00e0 son avis, le gouvernement doit exercer un contr\u00f4le plus \u00e9troit dans ces secteurs.<\/p>\n<p>Bref, l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019une r\u00e9forme du capitalisme n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer; quantit\u00e9 d\u2019acteurs de premier plan s\u2019entendent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une collaboration \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale pour d\u00e9finir les actions \u00e0 prendre, car les \u00e9conomies mondiales sont tellement interreli\u00e9es que l\u2019action unilat\u00e9rale d\u2019un seul pays n\u2019aurait aucun effet; de mettre en place des mesures pour freiner la sp\u00e9culation sur les mati\u00e8res premi\u00e8res par exemple doit n\u00e9cessairement faire intervenir tous les grands \u00c9tats.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Devant la sp\u00e9culation que nous observons sur les march\u00e9s financiers, j\u2019ai entrepris une s\u00e9rie de chroniques pr\u00e9sentant les ravages du capitalisme financier. Dans la premi\u00e8re, j\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 les m\u00e9faits de la sp\u00e9culation, en particulier le lien entre celle-ci et la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re qui s\u00e9vit sur la plan\u00e8te depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2007. 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