Parcs nationaux : massification et enjeux de la gestion

mercredi 19 janvier 2011 2 h 25 min par Alain A. Grenier.

Par Claudia BAIANT

 

Aujourd’hui, et particulièrement dans le monde occidental, le lien entre la nature et l’être humain  est contradictoire. La séparation entre les pôles « nature » et 2culture » (l’humain) se maintient à travers l’individu moderne, notamment par sa position dominante et conquérante envers la nature (Schumacher, 1978: 14) et sa représentation de la nature comme sauvage (Marcotte, 2008: 216). Cet apparent rapport de force en faveur de l’humain s’appuie sur le monothéisme (Yoneyama, 2008: 6) et la « confiance […] en la puissance de la science et de la technique, et par-delà, en l’intelligence humaine » (Richez, 1992: 20). Quant à la vision de la nature comme sauvage, dépourvue d’humain, le concept nord-américain de wilderness (Baron-Yelles, 2006: 36-37) contribue à sa diffusion.

La notion de patrimoine naturel met en évidence cette double réalité. Elle exprime à la fois « une attitude profondément moderne de l’appropriation de la nature par les sociétés humaines » (Ascher, 2001 :74) et la vision d’une nature sauvage dont ces sociétés s’excluent volontairement.

D’autre part, il y a depuis quelques décennies une prise de conscience de la finalité des ressources et de la fragilité des écosystèmes à l’action humaine (Lequin, 2002: 40). Cette conscientisation est à l’origine des préoccupations environnementales et des diverses notions tels le développement durable. Elle peut être interprétée comme une reconnaissance de la part de l’individu de sa propre dépendance à la nature, et cela en dépit de son attitude dominante soutenue par le progrès et le développement du monde moderne. Plus encore, elle peut-être vue comme une réponse à ce qu’est devenue la société actuelle, marquée par l’accumulation, le matérialisme, la consommation et le gaspillage (Michel, 2004: 318). Quant au souci environnemental, il montre éventuellement « une volonté commune [de la part de la société occidentale] de considérer l’humain comme faisant partie de la nature (Lequin, 2002: 40), donc d’établir des liens plus pacifiques entre les deux.

Dans ces conditions, l’individu fait un retour remarquable dans la nature par l’intermédiaire du tourisme et de ses multiples déclinaisons : écotourisme, tourisme d’aventure, tourisme de plein air, etc. Toutes ces  expressions, différentes parfois en termes des valeurs et pratiques, sont regroupées sous le dénominateur commun de tourisme de nature, car elles partagent le même cadre de déroulement, soit des espaces « peu perturbés par l’action humaine » (Lequin, 2002: 41). En d’autres mots, le tourisme de nature inclut « all tourism directly dependent on the use of natural resources in a relatively undeveloped state, including scenery, topography, water features, vegetation and wildlife » (Ceballos-Lascurain, 1996: 19-20). Les aires protégées  soumises à diverses mesures de protection (Milian et Rotary, 2008: 34) correspondent à ce type d’environnement. Les parcs nationaux font partie de ces catégories d’aires protégées (UICN, 2010 : Internet). Définis en opposition aux concentrations industrielles et urbaines, ils concentrent plusieurs fonctions, car ce sont à la fois des  territoires de protection de la nature et des lieux de tourisme et de loisirs (Richez, 1992: 12).

Certains parcs nationaux se confrontent actuellement à une augmentation de la fréquentation touristique (Eagles, 2004: 18, Ceballos-Lascurain, 1996: 5) et tout porte à croire que cette tendance se poursuivra dans les années à venir (Eagles, 2004: 18). Cela peut même engendrer, dans certains cas, des problèmes de saturation (comme on le voit au Parc National Yellowstone). Ceci n’a rien d’étonnant, en considérant la croissance et la diversification du tourisme en général (Ceballos-Lascurain, 1996: 5) et la place du tourisme de nature au sein de l’industrie touristique.  Selon Buckley (2009: 56) ce type de tourisme occupe un cinquième de l’ensemble du secteur.  Page et Dowling (2002: 6 dans Sharpley 2006: 7) l’évaluent à 40%.

Bien que ces différentes estimations « are useful providing a general idea about the importance of nature-based tourism, they are however, not completely reliable measures, since data on nature-based tourism are gathered in various contexts using different criteria » (Mehmetoglu, 2007: 651). Par exemple, la fréquentation annuelle des neufs parcs nationaux français s’élève à sept millions de visiteurs (Parcsnationaux.fr, 2010a: Internet). Au Canada, cette fréquentation  s’élevait à 16,5 millions de visiteurs pour la saison 1999-2000 (Héritier, 2003: 24). Au Québec, les parcs provinciaux ont reçu de 3,6 à 4 millions de jours de visite pour la période 2006 à 2009 (Sépaq, 2010a :11). La situation est semblable ailleurs en Occident. Dans les parcs nationaux finlandais, le nombre moyen de visites a doublé depuis 1990 et la fréquentation a continué de croitre dans les années 2000 (Puhakka et al., 2009: 530).

Le tourisme de nature répond à différentes motivations et besoins psychologiques de l’être humain. En premier lieu, il y a le besoin de distinction, moteur du tourisme (Boyer, 1995: 45). Dans le tourisme de nature, cette distinction émerge de la rareté et la difficulté d’accès des espaces naturels dits sauvages (Lequin, 2002: 41). Ensuite, vient le désir de se mettre « à l’abri de trop de modernité » (Leopold, 2000: 14), c’est-à-dire s’évader de la vie quotidienne et se dépayser (Lequin, 2002: 41). Enfin, aux divers besoins psychologiques du touriste s’ajoutent ses besoins primaires (se nourrir, se vêtir, se loger, etc.). Cela se traduit par la présence d’infrastructures et  d’équipements assurant les services d’accueil, de transport et de soutien destinés aux touristes (Marcotte, 2008: 213). Ces éléments sont motivés d’une part par la recherche de confort des visiteurs (Soucy, 2010, communications personnelles). Elles le sont aussi par une plus grande  sophistication des touristes (Gibson et Yiannakis, 2002: 358) résultant d’une plus grande expérience de voyage. En dernier, la concurrence entre les différentes attractions touristiques et les impératifs financiers serait un autre facteur jouant un rôle dans l’évolution de l’offre touristique en milieu naturel (Soucy, 2010, communications personnelles).

Ainsi, le tourisme de nature, comme tout autre tourisme, devient « un puissant agent de modification du territoire » (Deprest, 2006 :41). Cette fonction pourrait être interprétée comme un acte de consommation d’un certain espace qui représente à la fois la matière première pour les uns  (créateurs/producteurs d’expériences touristiques) et produit final/bien de consommation pour les autres (clientèles touristiques). Toutefois la consommation d’un espace, sa transformation en « paysage touristique » (Deprest, 2006 :41), ne peut  s’effectuer sans répercussions sur le lieu. Ces impacts, combinés à la tendance de la société actuelle à consommer et à gaspiller mentionnée auparavant, font en sorte qu’il soit possible de parler de sur consommation, d’un abus de la nature menant à la détérioration des aspects destinés à priori à la valorisation.

Comment concevoir alors l’espace touristique en milieu naturel en tenant compte de ce touriste, sophistiqué par son éducation et son expérience, et de ces impacts liés aux activités touristiques ? Quelle expérience ce touriste recherche-t-il et jusqu’à quel point est-il prêt à délaisser le confort de sa vie moderne pour se plonger dans la nature? Finalement, quelles sont les conséquences de la massification sur la gestion des destinations touristiques de nature, vu l’augmentation de la fréquentation touristique en ce milieu?

Ces questionnements soulignent les défis auxquels peuvent éventuellement se confrontent les acteurs de l’industrie touristique dans  la création, le développement et la gestion d’un projet touristique. Qui plus est, à l’heure du développement durable, ces enjeux s’amplifient davantage.

Cette étude aborde la manière dont la massification du tourisme en milieu naturel influe sur la nature des équipements et des services dans les parcs nationaux.

Pour ce faire, le travail nécessite de comprendre :

a) l’évolution de la clientèle au cours des récentes décennies;

b) l’impact de l’évolution de la clientèle sur l’offre en termes d’équipements et des services;

c) les réponses des parcs en matière de gestion.

L’étude est soutenue par une recension des équipements et des réponses en matière de gestion possibles à partir de la littérature. De plus, des exemples concrets sont présentés afin d’illustrer les types d’hébergement et les pratiques de gestion.

Claudia BAIANT est étudiante au baccalauréat en  en gestion du tourisme et de l’hotellerie à l’ESG-UQAM. Cet extrait est tiré de son projet final de recherche.

2 commentaires pour “Parcs nationaux : massification et enjeux de la gestion”

  1. Dany Gareau dit:

    Bonjour, je suis à la recherche d’études qui démontreraient qu’il n’existe pas nécessairement une corrélation directe entre le développement et la détérioration de l’environnement, particulièrement en tourisme. Votre recherche semble apporter certaines précisions à l’égard des mesures de gestion existantes pour tenter d’encadrer le développement ou l’augmentation de fréquentation d’une destination touristique et j’aimerais savoir si nous pouvons avoir accès à l’ensemble de votre projet?
    De plus, l’accès à votre bibliographie serait très appréciée.
    Merci,
    Dany Gareau, citoyen d’une MRC qui désire faire un plan de gestion d’un magnifique lac.


  2. Alain A. Grenier dit:

    Bonjour M. Gareau,
    Vous ne trouverez pas d’études à cet effet. Tout développement a un impact sur l’environnement. La question est de déterminer quels impacts sont acceptables ou non. Il s’agit aussi d’amenuiser ces impacts par une planifiaction responsable au moment de la conception du projet, puis tout au long de sa gestion.

    Ce site sert à promouvoir notre cours en gestion. Nous ne pouvons y mettre les travaux complets des étudiant(e)s, en raison du droit d’auteur. Il en est de même pour la liste de références.

    Merci de votre intérêt.
    Alain A. Grenier, Phd
    Professeur co-responsable du cours



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