{"id":391,"date":"2011-01-19T02:25:20","date_gmt":"2011-01-19T02:25:20","guid":{"rendered":"http:\/\/blogue.uqam.ca\/gestionressources\/?p=391"},"modified":"2012-03-23T03:40:50","modified_gmt":"2012-03-23T03:40:50","slug":"parcs-nationaux-massification-et-enjeux-de-la-gestion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/gestionressources\/2011\/01\/19\/parcs-nationaux-massification-et-enjeux-de-la-gestion\/","title":{"rendered":"Parcs nationaux : massification et enjeux de la gestion"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Par Claudia <em>BAIANT<\/em><\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, et particuli\u00e8rement dans le monde occidental, le lien entre la nature et l\u2019\u00eatre humain \u00a0est contradictoire. La s\u00e9paration entre les p\u00f4les \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb et 2culture\u00a0\u00bb (l\u2019humain) se maintient \u00e0 travers l\u2019individu moderne, notamment par sa position dominante et conqu\u00e9rante envers la nature (Schumacher, 1978: 14) et sa repr\u00e9sentation de la nature comme sauvage (Marcotte, 2008: 216). Cet apparent rapport de force en faveur de l\u2019humain s\u2019appuie sur le monoth\u00e9isme (Yoneyama, 2008: 6) et la \u00ab\u00a0confiance [\u2026] en la puissance de la science et de la technique, et par-del\u00e0, en l\u2019intelligence humaine\u00a0\u00bb (Richez, 1992: 20). Quant \u00e0 la vision de la nature comme sauvage, d\u00e9pourvue d\u2019humain, le concept nord-am\u00e9ricain de wilderness (Baron-Yelles, 2006: 36-37) contribue \u00e0 sa diffusion.<\/p>\n<p>La notion de patrimoine naturel met en \u00e9vidence cette double r\u00e9alit\u00e9. Elle exprime \u00e0 la fois \u00ab une attitude profond\u00e9ment moderne de l\u2019appropriation de la nature par les soci\u00e9t\u00e9s humaines\u00a0\u00bb (Ascher, 2001\u00a0:74) et la vision d\u2019une nature sauvage dont ces soci\u00e9t\u00e9s s\u2019excluent volontairement.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, il y a depuis quelques d\u00e9cennies une prise de conscience de la finalit\u00e9 des ressources et de la fragilit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e0 l\u2019action humaine (Lequin, 2002: 40). Cette conscientisation est \u00e0 l\u2019origine des pr\u00e9occupations environnementales et des diverses notions tels le d\u00e9veloppement durable. Elle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une reconnaissance de la part de l\u2019individu de sa propre d\u00e9pendance \u00e0 la nature, et cela en d\u00e9pit de son attitude dominante soutenue par le progr\u00e8s et le d\u00e9veloppement du monde moderne. Plus encore, elle peut-\u00eatre vue comme une r\u00e9ponse \u00e0 ce qu\u2019est devenue la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, marqu\u00e9e par l\u2019accumulation, le mat\u00e9rialisme, la consommation et le gaspillage (Michel, 2004: 318). Quant au souci environnemental, il montre \u00e9ventuellement \u00ab\u00a0une volont\u00e9 commune [de la part de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale] de consid\u00e9rer l\u2019humain comme faisant partie de la nature (Lequin, 2002: 40), donc d\u2019\u00e9tablir des liens plus pacifiques entre les deux.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, l\u2019individu fait un retour remarquable dans la nature par l\u2019interm\u00e9diaire du tourisme et de ses multiples d\u00e9clinaisons\u00a0: \u00e9cotourisme, tourisme d\u2019aventure, tourisme de plein air, etc. Toutes ces\u00a0 expressions, diff\u00e9rentes parfois en termes des valeurs et pratiques, sont regroup\u00e9es sous le d\u00e9nominateur commun de tourisme de nature, car elles partagent le m\u00eame cadre de d\u00e9roulement, soit des espaces \u00ab\u00a0peu perturb\u00e9s par l\u2019action humaine\u00a0\u00bb (Lequin, 2002: 41). En d\u2019autres mots, le tourisme de nature inclut \u00ab all tourism directly dependent on the use of natural resources in a relatively undeveloped state, including scenery, topography, water features, vegetation and wildlife \u00bb (Ceballos-Lascurain, 1996: 19-20). Les aires prot\u00e9g\u00e9es\u00a0 soumises \u00e0 diverses mesures de protection (Milian et Rotary, 2008: 34) correspondent \u00e0 ce type d\u2019environnement. Les parcs nationaux font partie de ces cat\u00e9gories d\u2019aires prot\u00e9g\u00e9es (UICN, 2010\u00a0: Internet). D\u00e9finis en opposition aux concentrations industrielles et urbaines, ils concentrent plusieurs fonctions, car ce sont \u00e0 la fois des \u00a0territoires de protection de la nature et des lieux de tourisme et de loisirs (Richez, 1992: 12).<\/p>\n<p>Certains parcs nationaux se confrontent actuellement \u00e0 une augmentation de la fr\u00e9quentation touristique (Eagles, 2004: 18, Ceballos-Lascurain, 1996: 5) et tout porte \u00e0 croire que cette tendance se poursuivra dans les ann\u00e9es \u00e0 venir (Eagles, 2004: 18). Cela peut m\u00eame engendrer, dans certains cas, des probl\u00e8mes de saturation (comme on le voit au Parc National Yellowstone). Ceci n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant, en consid\u00e9rant la croissance et la diversification du tourisme en g\u00e9n\u00e9ral (Ceballos-Lascurain, 1996: 5) et la place du tourisme de nature au sein de l\u2019industrie touristique.\u00a0 Selon Buckley (2009: 56) ce type de tourisme occupe un cinqui\u00e8me de l\u2019ensemble du secteur. \u00a0Page et Dowling (2002: 6 dans Sharpley 2006: 7) l\u2019\u00e9valuent \u00e0 40%.<\/p>\n<p>Bien que ces diff\u00e9rentes estimations \u00ab\u00a0are useful providing a general idea about the importance of nature-based tourism, they are however, not completely reliable measures, since data on nature-based tourism are gathered in various contexts using different criteria\u00a0\u00bb (Mehmetoglu, 2007: 651). Par exemple, la fr\u00e9quentation annuelle des neufs parcs nationaux fran\u00e7ais s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 sept millions de visiteurs (Parcsnationaux.fr, 2010a:<ins cite=\"mailto:Grenier\" datetime=\"2010-11-13T08:49\"> <\/ins>Internet). Au Canada, cette fr\u00e9quentation\u00a0 s\u2019\u00e9levait \u00e0 16,5 millions de visiteurs pour la saison 1999-2000 (H\u00e9ritier, 2003: 24). Au Qu\u00e9bec, les parcs provinciaux ont re\u00e7u de 3,6 \u00e0 4 millions de jours de visite pour la p\u00e9riode 2006 \u00e0 2009 (S\u00e9paq, 2010a\u00a0:11). La situation est semblable ailleurs en Occident. Dans les parcs nationaux finlandais, le nombre moyen de visites a doubl\u00e9 depuis 1990 et la fr\u00e9quentation a continu\u00e9 de croitre dans les ann\u00e9es 2000 (Puhakka et <em>al<\/em>., 2009: 530).<\/p>\n<p>Le tourisme de nature r\u00e9pond \u00e0 diff\u00e9rentes motivations et besoins psychologiques de l\u2019\u00eatre humain. En premier lieu, il y a le besoin de distinction, moteur du tourisme (Boyer, 1995: 45). Dans le tourisme de nature, cette distinction \u00e9merge de la raret\u00e9 et la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s des espaces naturels dits sauvages (Lequin, 2002: 41). Ensuite, vient le d\u00e9sir de se mettre \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019abri de trop de modernit\u00e9\u00a0\u00bb (Leopold, 2000: 14), c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019\u00e9vader de la vie quotidienne et se d\u00e9payser (Lequin, 2002: 41). Enfin, aux divers besoins psychologiques du touriste s\u2019ajoutent ses besoins primaires (se nourrir, se v\u00eatir, se loger, etc.). Cela se traduit par la pr\u00e9sence d\u2019infrastructures et\u00a0 d\u2019\u00e9quipements assurant les services d\u2019accueil, de transport et de soutien destin\u00e9s aux touristes (Marcotte, 2008: 213). Ces \u00e9l\u00e9ments sont motiv\u00e9s d\u2019une part par la recherche de confort des visiteurs (Soucy, 2010,\u00a0communications personnelles). Elles le sont aussi par une plus grande\u00a0 sophistication des touristes (Gibson et Yiannakis, 2002: 358) r\u00e9sultant d\u2019une plus grande exp\u00e9rience de voyage. En dernier, la concurrence entre les diff\u00e9rentes attractions touristiques et les imp\u00e9ratifs financiers serait un autre facteur jouant un r\u00f4le dans l\u2019\u00e9volution de l\u2019offre touristique en milieu naturel (Soucy, 2010,\u00a0communications personnelles).<\/p>\n<p>Ainsi, le tourisme de nature, comme tout autre tourisme, devient \u00ab\u00a0un puissant agent de modification du territoire\u00a0\u00bb (Deprest, 2006\u00a0:41). Cette fonction pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un acte de consommation d\u2019un certain espace qui repr\u00e9sente \u00e0 la fois la mati\u00e8re premi\u00e8re pour les uns\u00a0 (cr\u00e9ateurs\/producteurs d\u2019exp\u00e9riences touristiques) et produit final\/bien de consommation pour les autres (client\u00e8les touristiques). Toutefois la consommation d\u2019un espace, sa transformation en \u00ab\u00a0paysage touristique\u00a0\u00bb (Deprest, 2006\u00a0:41), ne peut\u00a0 s\u2019effectuer sans r\u00e9percussions sur le lieu. Ces impacts, combin\u00e9s \u00e0 la tendance de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle \u00e0 consommer et \u00e0 gaspiller mentionn\u00e9e auparavant, font en sorte qu\u2019il soit possible de parler de sur consommation, d\u2019un abus de la nature menant \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration des aspects destin\u00e9s \u00e0 priori \u00e0 la valorisation.<\/p>\n<p>Comment concevoir alors l\u2019espace touristique en milieu naturel en tenant compte de ce touriste, sophistiqu\u00e9 par son \u00e9ducation et son exp\u00e9rience, et de ces impacts li\u00e9s aux activit\u00e9s touristiques ? Quelle exp\u00e9rience ce touriste recherche-t-il et jusqu\u2019\u00e0 quel point est-il pr\u00eat \u00e0 d\u00e9laisser le confort de sa vie moderne pour se plonger dans la nature? Finalement, quelles sont les cons\u00e9quences de la massification sur la gestion des destinations touristiques de nature, vu l\u2019augmentation de la fr\u00e9quentation touristique en ce milieu?<\/p>\n<p>Ces questionnements soulignent les d\u00e9fis auxquels peuvent \u00e9ventuellement se confrontent les acteurs de l\u2019industrie touristique dans\u00a0 la cr\u00e9ation, le d\u00e9veloppement et la gestion d\u2019un projet touristique. Qui plus est, \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9veloppement durable, ces enjeux s\u2019amplifient davantage.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude aborde la mani\u00e8re dont la massification du tourisme en milieu naturel influe sur la nature des \u00e9quipements et des services dans les parcs nationaux.<\/p>\n<p>Pour ce faire, le travail n\u00e9cessite de comprendre\u00a0:<\/p>\n<p>a) l\u2019\u00e9volution de la client\u00e8le au cours des r\u00e9centes d\u00e9cennies;<\/p>\n<p>b) l\u2019impact de l\u2019\u00e9volution de la client\u00e8le sur l\u2019offre en termes d\u2019\u00e9quipements et des services;<\/p>\n<p>c) les r\u00e9ponses des parcs en mati\u00e8re de gestion.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude est soutenue par une recension des \u00e9quipements et des r\u00e9ponses en mati\u00e8re de gestion possibles \u00e0 partir de la litt\u00e9rature. De plus, des exemples concrets sont pr\u00e9sent\u00e9s afin d\u2019illustrer les types d\u2019h\u00e9bergement et les pratiques de gestion.<\/p>\n<p><strong>Claudia BAIANT est \u00e9tudiante<\/strong> <strong>au baccalaur\u00e9at en\u00a0 en gestion du tourisme et de l\u2019hotellerie \u00e0 l\u2019ESG-UQAM. Cet extrait est tir\u00e9 de son projet final de recherche.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Claudia BAIANT &nbsp; Aujourd\u2019hui, et particuli\u00e8rement dans le monde occidental, le lien entre la nature et l\u2019\u00eatre humain \u00a0est contradictoire. 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