{"id":544,"date":"2012-03-23T02:52:00","date_gmt":"2012-03-23T02:52:00","guid":{"rendered":"http:\/\/blogue.uqam.ca\/gestionressources\/?p=544"},"modified":"2012-03-23T02:57:04","modified_gmt":"2012-03-23T02:57:04","slug":"tourismes-alternatifs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogue.uqam.ca\/gestionressources\/2012\/03\/23\/tourismes-alternatifs\/","title":{"rendered":"Tourisme lent :  pour un d\u00e9veloppement durable des milieux p\u00e9riph\u00e9riques"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\" align=\"center\">Lydia POIRIER<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie des milieux p\u00e9riph\u00e9riques a traditionnellement \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019extraction et \u00e0 la transformation des ressources naturelles, avec des activit\u00e9s telles que l\u2019exploitation mini\u00e8re, la p\u00eache, la foresterie et l\u2019agriculture comptant pour la plus grande partie de l\u2019\u00e9conomie (Pol\u00e8se et Shearmur, 2002\u00a0: xxii ; C\u00f4t\u00e9 et Proulx, 2002 : 12). Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies toutefois, de nombreuses raisons ont contraint ces industries \u00e0 r\u00e9duire le nombre d\u2019emplois dans les usines et dans les centres de transformation, entra\u00eenant un d\u00e9clin \u00e9conomique des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques (C\u00f4t\u00e9 et Proulx, 2002 : 92 ; Pol\u00e8se et Shearmur\u00a0: xxiii ; Gartner, 2004\u00a0: 156). Le tourisme a alors commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 comme outil de d\u00e9veloppement \u00e9conomique dans ces milieux en crise (Gartner, 2004\u00a0: 156 ; MacDonald et Jolliffe, 2003\u00a0: 313). Kastenholz <em>et al.<\/em> (1999: 353) pr\u00e9cisent d\u2019ailleurs que le tourisme pourrait \u00eatre d\u2019une importance critique au d\u00e9veloppement des r\u00e9gions rurales.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement du tourisme comme substitut aux activit\u00e9s \u00e9conomiques traditionnelles n\u2019est toutefois pas sans cons\u00e9quence sur l\u2019environnement et les communaut\u00e9s h\u00f4tes et il n\u00e9cessite une grande prudence. En effet, le tourisme peut avoir un effet n\u00e9gatif sur plusieurs aspects de la vie en milieu p\u00e9riph\u00e9rique. Par exemple, un impact social est possible lorsque les r\u00e9sidents, en s\u2019adaptant aux attentes des touristes, mettent en jeu l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et l\u2019authenticit\u00e9 de leur culture (MacDonald et Joliffe, 2003\u00a0: 318). On note aussi d\u2019autres cons\u00e9quences telles que la cr\u00e9ation d\u2019emplois temporaires et \u00e0 faible revenu (Stolarick <em>et al.<\/em>, 2010\u00a0: 249 ; Fleischer et Felsenstein, 2000\u00a0: 1021), ainsi que la d\u00e9gradation de l\u2019environnement (Fleischer et Felsenstein, 2000\u00a0: 1021). Par cons\u00e9quent, si l\u2019on souhaite favoriser un d\u00e9veloppement touristique b\u00e9n\u00e9fique aux milieux p\u00e9riph\u00e9riques, on devra promouvoir une forme de tourisme qui r\u00e9duit ses impacts n\u00e9gatifs sur l\u2019environnement et la communaut\u00e9. Cet \u00e9quilibre entre le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et les int\u00e9r\u00eats sociaux et environnementaux de la r\u00e9gion s\u2019inscrivent dans le paradigme du d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement durable est d\u00e9crit comme un d\u00e9veloppement qui r\u00e9pond aux besoins du pr\u00e9sent sans compromettre la capacit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures de r\u00e9pondre aux leurs (CMED, 1988\u00a0: 51). Cette d\u00e9finition met surtout de l\u2019avant le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et la protection des ressources environnementales. Elle implique aussi une responsabilit\u00e9 envers les g\u00e9n\u00e9rations futures, mais n\u2019est pas tr\u00e8s pr\u00e9cise sur l\u2019application pratique du concept.<\/p>\n<p>Le Sommet de Johannesburg de 2002 pr\u00e9cise l\u2019importance et le r\u00f4le de l\u2019\u00e9l\u00e9ment social dans un d\u00e9veloppement \u00e9quilibr\u00e9. Le d\u00e9veloppement social est alors \u00e9lev\u00e9 au m\u00eame rang que le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et la protection de l\u2019environnement, qui sont alors reconnus comme les trois piliers \u00ab\u00a0interd\u00e9pendants et qui se renforcent mutuellement \u00bb\u00a0 du d\u00e9veloppement durable. (ONU, 2002\u00a0: 1)<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quence, si on applique les principes du d\u00e9veloppement durable aux r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques, il faudra consid\u00e9rer ces trois aspects conjointement, tout en tenant compte des sp\u00e9cificit\u00e9s de ces milieux. Si, comme le d\u00e9montrent Fay et Karlsd\u00f3ttir (2011 : 74), les petites communaut\u00e9s rurales o\u00f9 le tourisme a le plus d\u2019impact sur le mode de vie et la culture sont aussi celles ayant le plus besoin de nouveaux revenus et d\u2019emplois, il est alors primordial de favoriser le d\u00e9veloppement d\u2019une forme de tourisme qui soit b\u00e9n\u00e9fique sur le plan \u00e9conomique, mais qui prend aussi en compte les diff\u00e9rences culturelles et le rythme de vie de ces communaut\u00e9s situ\u00e9es en p\u00e9riph\u00e9rie des grandes villes. Cela est d\u2019ailleurs en accord avec le concept de tourisme durable de <em>United Nations Environment Program<\/em> (2006\u00a0: 12) qui le d\u00e9finit comme \u00ab un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts \u00e9conomiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en r\u00e9pondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l\u2019environnement et des communaut\u00e9s d\u2019accueil\u00a0\u00bb. Toutefois, Hardy <em>et al.<\/em> (2002\u00a0: 491) mentionnent que \u00ab [w]hen sustainable tourism has been applied to the industry, more emphasis has often been given to tourism\u2019s effects upon the environment and economy, rather than to factors related to its effect on communities. \u00bb Ainsi, encore aujourd\u2019hui, les initiatives de tourisme durable ne semblent pas mettre en pratique tous les principes \u00e9voqu\u00e9s par ce concept. Afin d\u2019atteindre un \u00e9quilibre entre les trois piliers du d\u00e9veloppement durable, la reconnaissance et l\u2019int\u00e9gration de la culture locale est donc un des \u00e9l\u00e9ments auquel le d\u00e9veloppement du tourisme devrait particuli\u00e8rement s\u2019int\u00e9resser (Stewart <em>et al.<\/em>, 2005\u00a0: 393).<\/p>\n<p>Les groupes de discussion men\u00e9s par Wilson <em>et al.<\/em> (2001\u00a0: 137) dans des communaut\u00e9s p\u00e9riph\u00e9riques de l\u2019Illinois impliqu\u00e9es dans le tourisme depuis plus de dix ans ont fait ressortir que les r\u00e9sidents voyaient souvent le tourisme comme une perturbation et une menace \u00e0 leur mode de vie. Selon Scheou (2007 : 16), ceci n\u2019est pas surprenant puisque les activit\u00e9s touristiques sont actuellement soumises \u00e0 ce qu\u2019il qualifie d\u2019\u00ab optimisation \u00e9conomique et temporelle \u00bb. Les touristes cherchent donc \u00e0 voir le plus possible durant le temps allou\u00e9 aux loisirs, ce qui se traduit souvent par la visite de nombreux endroits en peu de temps. Cet empressement limite alors les \u00e9changes entre touristes et r\u00e9sidents, accentuant par le fait m\u00eame la vision n\u00e9gative qu\u2019ont les communaut\u00e9s visit\u00e9es du tourisme. Il devient donc primordial de modifier les fa\u00e7ons de faire touristiques afin de les concilier avec le mode de vie des communaut\u00e9s.<\/p>\n<p>Une nouvelle approche qui pourrait r\u00e9pondre \u00e0 ce besoin de l\u2019industrie du tourisme est le <em>slow travel <\/em>(Dickinson<em> et al<\/em>. 2011\u00a0: 282 ; Lumsdon et McGrath, 2011\u00a0: 266), ou tourisme lent. Plus qu\u2019une fa\u00e7on de voyager, le tourisme lent est principalement un \u00e9tat d\u2019esprit du voyageur (Gardner 2009 dans Lumsdon et McGrath, 2011\u00a0: 266 ; Dickinson<em> et al<\/em>. 2011\u00a0: 282). On invite le touriste \u00e0 prendre le temps de d\u00e9couvrir le paysage, \u00e0 vivre une interaction avec la population et \u00e0 voir le transport comme une occasion de d\u00e9couverte plut\u00f4t qu\u2019une simple fa\u00e7on de se rendre \u00e0 destination (Gardner, 2009 dans Lumsdon et McGrath, 2011\u00a0: 266 ; Dickinson<em> et al<\/em>. 2011\u00a0: 282). Ainsi, cela suppose de r\u00e9duire les distances parcourues et d\u2019approfondir sa connaissance d\u2019une destination choisie plut\u00f4t que de couvrir superficiellement de larges territoires. Faire du tourisme lent suppose aussi de s\u2019adapter au rythme de vie et de partager les activit\u00e9s quotidiennes des communaut\u00e9s visit\u00e9es (Blangy et Laurent, 2007\u00a0: 42) ou, \u00e0 tout le moins, de jouer un r\u00f4le d\u2019observateur discret au sein de ces collectivit\u00e9s. En pr\u00f4nant l\u2019adaptation au rythme de vie des communaut\u00e9s visit\u00e9es, le tourisme lent peut donc permettre un d\u00e9veloppement touristique des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques n\u2019imposant pas aux habitants de ces communaut\u00e9s le rythme du touriste. En effet, si \u00ab l\u2019important est de trouver le bon rythme, celui qui est adapt\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9, au moment et au lieu \u00bb (Scheou, 2007\u00a0: 19), le tourisme lent peut ainsi \u00eatre une solution appropri\u00e9e pour le d\u00e9veloppement touristique dans les milieux p\u00e9riph\u00e9riques qui ont un rythme de vie diff\u00e9rent de celui des citadins (Mathieu, 1998\u00a0: 18 ; Baum, 1999\u00a0: 48). Cette meilleure adaptation du tourisme au milieu p\u00e9riph\u00e9rique permettrait de diminuer les tensions existant entre les r\u00e9sidents et les touristes et d\u2019augmenter les impacts positifs du d\u00e9veloppement touristique dans ces communaut\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude tente alors de comprendre si \u00a0le tourisme lent est compatible avec le paradigme de d\u00e9veloppement durable en milieu p\u00e9riph\u00e9rique. Pour ce faire, cette \u00e9tude :<\/p>\n<p>a) recense les grands impacts du tourisme traditionnel en milieu p\u00e9riph\u00e9rique et les classifie selon les p\u00f4les\u00a0du d\u00e9veloppement durable;<\/p>\n<p>b) d\u00e9finit les valeurs du tourisme lent ainsi que ses principales contributions \u00e0 un d\u00e9veloppement plus durable du tourisme;<\/p>\n<p>c) \u00e9tablit les limites au d\u00e9veloppement du tourisme lent dans les milieux p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude repose sur une revue de litt\u00e9rature des principaux travaux de recherche r\u00e9alis\u00e9s sur le sujet. Les sources \u00e9tudi\u00e9es proviennent principalement des p\u00e9riodiques scientifiques sur le th\u00e8me du tourisme (<em>Journal of Sustainable Tourism<\/em>,<em> Annals of Tourism Research et T\u00e9oros<\/em>) en plus de documents provenant d\u2019associations internationales (<em>ONU<\/em> et <em>UNEP<\/em>) ou d\u2019organismes gouvernementaux.<\/p>\n<p><strong>Lydia POIRIER est \u00e9tudiante au baccalaur\u00e9at en gestion du tourisme et de l\u2019h\u00f4tellerie \u00e0 l\u2019ESG-UQAM. Cet extrait est tir\u00e9 de son projet final de recherche.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lydia POIRIER L\u2019\u00e9conomie des milieux p\u00e9riph\u00e9riques a traditionnellement \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019extraction et \u00e0 la transformation des ressources naturelles, avec des activit\u00e9s telles que l\u2019exploitation mini\u00e8re, la p\u00eache, la foresterie et l\u2019agriculture comptant pour la plus grande partie de l\u2019\u00e9conomie (Pol\u00e8se et Shearmur, 2002\u00a0: xxii ; C\u00f4t\u00e9 et Proulx, 2002 : 12). 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