L’industrie de l’hébergement et le développement durable : étude comparative et limites d’application des différents programmes de gestion durable existants
jeudi 30 septembre 2010 14 h 02 min par lavoiem.
par Stéfanie DESROSIERS
et Mathieu LAVOIE
Depuis maintenant plusieurs années, le concept de développement durable se pose comme un moyen de trouver des solutions à des problématiques d’envergure tant locale que planétaire dans le but de retrouver l’équilibre entre le développement humain et le maintien de la pérennité du monde dans lequel nous vivons. Ce qui n’était au départ qu’un effet de mode est devenu rapidement un incontournable pour pratiquement toutes les industries (Barry, 2007 : 1), et même dans la majorité des activités humaines.
En faisant référence aux éléments tirés du rapport de la Commission Brundtland, Our common future (1987), plusieurs institutions publiques et privées tentent d’adopter des pratiques respectant les principes de développement durable qui y sont énoncées. Brundtland (1987 : 24) définit le développement durable comme un moyen de réaliser les besoins des générations présentes sans compromettre la possibilité des générations futures à le faire. Même si le concept existait déjà, l’originalité de Bruntland fut d’associer la notion de durabilité à trois piliers, à savoir environnemental, économique et social.
Très présent, principalement dans les pays industrialisés et de plus en plus dans les pays en voie de développement, ce concept est souvent interprété seulement par son volet environnemental, mais le développement durable implique beaucoup plus que la gestion des ressources naturelles. Il s’agit en fait d’une approche pour permettre à tous les êtres humains de satisfaire leurs besoins essentiels et d’aspirer à améliorer leur qualité de vie (Brundtland, 1987 : 54). L’intégration d’un modèle allant dans ce sens représente un immense défi pour les sociétés industrielles et postindustrielles puisqu’elle implique des changements profonds, autant dans leur rapport avec la nature que dans les modes de vie des individus qui les compose. Le modèle entre de plus en contradiction avec l’idéologie économique, sociale et culturelle dominante dans ces mêmes pays industrialisés et remet en question le rapport d’inégalité qu’ils entretiennent avec les pays moins développés qui sont une importante source d’approvisionnement en ressources naturelles et en biens de consommation.
Suite à l’adoption du programme Action 21, reflétant un consensus mondial et un engagement politique au niveau le plus élevé sur la coopération en matière de développement et d’environnement (Nations Unies, 1992, 1.1.3), la plupart des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont conçus et mis en œuvre des stratégies nationales de développement durable (OCDE, 2006 : 7). Action 21 se base d’abord et avant tout sur des stratégies, des plans, des politiques et des processus nationaux mis de l’avant par les différents gouvernements et ce dans le but de protéger et mieux gérer les écosystèmes et assurer un avenir plus sûr et plus prospère (Nations Unies, 1992, 1.1.3).
Le secteur du tourisme n’est pas en reste. En effet, plusieurs démarches ont aussi été mises de l’avant pour et par les entreprises du milieu touristique et plus particulièrement du domaine de l’hébergement et de la restauration. Au niveau international, des grandes chaines hôtelières comme Intercontinental ont choisi de se doter de la certification australienne Earth Check. Cette certification peut être obtenue grâce à l’utilisation d’un outil en ligne permettant de se doter d’une politique de durabilité servant à guider les opérations de l’établissement. En effet, en instaurant un calendrier de mises à jour régulières et en organisant des audits sur site, Earth Check assure, entre autre, aux entreprises participantes une amélioration de leur conception et de leur efficacité opérationnelle (Earth Check, 2010). Le Nord de l’Europe a pour sa part privilégié une certification environnementale nommée Swan Ecolabel. Cette certification, d’origine suédoise, créée en 1989, se veut un outil pour permettre aux consommateurs de choisir les meilleurs produits et services en matière de respect de l’environnement (Nordic ecolabel, 2010). Il possède une section spécialisée dans les pratiques de l’industrie hôtelière (Nordic ecolabel, 2010). En Amérique du Nord, le nombre grandissant d’établissements se munissant de la certification Clé verte, créé par l’Association des hôtels du Canada, permet de constater que les entreprises sont déjà affairées à améliorer la gestion de leurs différentes ressources à ce niveau. En effet, ce programme d’évaluation progressif conçu pour reconnaître les établissements d’hébergement qui sont engagés à améliorer leur rendement financier et environnemental (GreenKeyGlobal, 2010) permet aux hôteliers de découvrir des méthodes pour réduire les coûts d’exploitation et les impacts sur l’environnement de leur entreprise. Il s’agit d’un processus de vérification auto-administré et librement consenti conçu pour aider un hôtel à définir ses empreintes écologiques actuelles (GreenKeyGlobal, 2010).
Au Québec, l’Association des hôteliers de la province, en partenariat avec la Fondation québécoise en environnement, a mis sur pied le programme Réservert. Ce programme, basé sur une formation progressive et continue, vise à reconnaître les initiatives de l’industrie de l’hôtellerie québécoise en matière de développement durable. Concrètement, il prend la forme d’une boîte à outils qui permet aux hôteliers de prendre en main leur évolution vers le développement durable de façon autonome (AHQ, 2008).
Maintenant plus que jamais, les professionnels de l’industrie de la restauration et de l’hébergement perçoivent le développement durable comme une opportunité financière ayant des avantages tels la réduction des pertes et des coûts de toutes sortes à moyen et long terme et la réduction des frais liés à la formation par la baisse du taux de rotation de la main d’œuvre, pour ne nommer que ceux-là (Barry, 2007 : 2). Ils le perçoivent aussi comme un moyen de sortir gagnant de la crise économique des dernières années qui ne peut être que néfaste pour l’industrie du tourisme et les secteurs qui y sont associés (Moosmann, 2009 et Cassingham, 2009). Mais par-dessus tout, ces intervenants de l’industrie s’aperçoivent que les mesures «durables» offrent un plus grand pouvoir d’attraction (Barry, 2007 : 2) puisque, entre autre, les clients et les employés y sont de plus en plus sensibilisés (Laliberté, 2009 : 1). Ces derniers prennent conscience de l’importance d’appliquer les principes du développement durable et apprécient le fait de travailler et/ou de loger dans un établissement qui fait des efforts pour ajuster ses pratiques en fonction des valeurs prônées.
Étant conscient de l’impact négatif à plusieurs égards (environnement, société, économie) que causent certains modèles de projets présents dans l’industrie touristique et dans le secteur de l’hébergement (Cohen, 1978), il devient nécessaire de transcender la motivation liée à l’aspect financier vers une prise de conscience globale de l’importance d’un retour à l’équilibre mentionné plus haut. Même si l’industrie œuvre à modifier ses pratiques, la littérature scientifique liée à ce sujet est quasi-inexistante, outre The International tourism partnership (ITP, 2009) et Sustainable hospitality (Houdré, 2006 et Kasim, 2007).
Cette étude consiste en une analyse comparative de deux programmes visant à rendre durable les pratiques des établissements d’hébergement (au Canada, Clé verte, et Nordic Ecolabel en Scandinavie). L’étude a pour but de dresser un portrait des forces et faiblesses des modèles européen et nord-américain et de mettre en lumière les éléments de l’un qui pourraient bénéficier à l’autre. Pour ce faire, cette étude :
- s’affairera à réaliser une revue théorique des composantes de ces deux programmes; et
- déterminera les points communs et les différences de ces deux programmes.
Appliquée au domaine de la gestion, cette étude comparative de nature qualitative sera basée sur la littérature existante dans le domaine ainsi que sur l’observation des pratiques d’hôtels, au Canada et en Scandinavie, qui appliquent ces programmes. Une description des deux modèles permettra de mieux comprendre leur nature, leurs structures, leur rôle et leur fonctionnement.
Stéfanie DESROSIERS et Mathieu LAVOIE sont étudiants au baccalauréat en gestion du tourisme et de l’hôtellerie de l’ESG-UQAM. Cet extrait est tiré de leur projet final de recherche.


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