Vers l’approvisionnement éthique et responsable

vendredi 25 novembre 2011 18 h 57 min par Alain A. Grenier.

Par Karine BALOGH-JOBIN

Chaque jour nous utilisons et consommons des produits de partout à travers le monde. Bien que ma veste favorite ait été fabriquée au Canada, pour le reste, ça se gâte! Après vérification, presque toutes mes chaussures ont été fabriquées en Chine ainsi que la plupart de mes vêtements à part quelques chemises qui ont été fabriquées en Indonésie.

De notre nourriture à l’électronique, peu de ce que nous possédons est entièrement fabriqué localement. Même lorsque l’on se procure des produits canadiens, il n’est pas rare qu’une partie du travail, l’extraction de la matière première par exemple ou la fabrication de certaines pièces, soit réalisée ailleurs. Souvent, la partie « locale » d’un produit se limite à son assemblage.

Notre mode d’approvisionnement actuel, très international, pose des problèmes importants. « Sur 100$ générés par l’exportation mondiale, 97 vont aux plus nantis et 3 au plus démunis » (Aktouf 2002: 23). Au-delà de l’aspect économique, l’approvisionnement international soulève aussi des questions d’ordre éthique et environnemental importantes. Comme le rapporte Aktouf (2002:65), des millions d’enfants sont de nos jours sauvagement exploités par l’ordre industriel mondial et les multinationales. Ces enfants d’Haïti, du Pakistan, des Philippines et d’Afrique du Sud, pour n’en nommer que quelques-uns, s’arrachent les yeux et les doigts à confectionner des balles de base-ball, des ballons de football, des vêtements, des chaussures et tous les objets de « grandes marques » telles que Nike, Levis, Reebock, ou pour Disney, pour quelques sous la pièce. En retour, ces produits  nous seront vendus à nous, Occidentaux, avec des bénéfices exponentiels.

La mondialisation va de pair avec cette tendance à la sous-traitance au niveau de la fabrication qui permet aux firmes pilotes d’obtenir des niveaux de rentabilité plus élevés grâce à la mise en concurrence mondiale des ressources (Palpacuer, 2008 dans Vercher, 2010: 179). Comme le souligne Gendron (2010: 72 ), il n’existe pas d’autorité législative ni de règlementation à l’échelle mondiale par rapport à l’approvisionnement. La sous-traitance se fait très souvent au détriment des conditions de travail de la main d’œuvre, au Sud comme au Nord, et provoque une croissance sans précédent des inégalités (Palpacuer, 2008 dans Vercher, 2010: 179).  Dans ce contexte, il importe de « restaurer la responsabilité des firmes […] quant aux conditions de travail chez leurs sous-traitants dispersés dans les pays du Sud » (Arnold et Hartman, 2006 dans Vercher, 2010: 178). L’approvisionnement éthique et responsable implique donc de remonter au tout début de la chaine d’approvisionnement et de prendre en considération non seulement tout ce qui entre dans la composition d’un produit et les conditions dans lesquelles il a été conçu, mais aussi les modes de transport. On ne peut nier la pollution engendrée par le transport aérien et maritime, ni les problèmes sociaux soulevés par le travail des enfants.

La Commission mondiale pour l’environnement et le développement (CDME, 1983 dans Vivien, 2003 : 121) estime que « [c]ertains modes de développement dégradent l’environnement et, inversement, un environnement dégradé constitue un obstacle aux possibilités de développement». Comme le souligne Young et al. (2010: p20), « Every time someone makes a decision about whether (or not ) to purchase a product or service there is the potential for that decision to contribute to a more or less sustainable pattern of consumption ».Les grands commerçants, grossistes et les entreprises de service d’importance telle que les sociétés de transport et les sociétés d’État, par leur décision de s’engager ou non dans une transaction avec un fournisseur, peuvent influencer et contribuer avec plus d’impact encore que le consommateur. C’est aussi ce que soulève le Groupe d’experts pour l’environnement urbain (1996, dans Poirot, 2005: 28) en rappelant que les administrations des villes, en tant que grosses consommatrices de biens et de services, détiennent un pouvoir d’achat considérable, leur permettant par leur priorité d’achat d’envoyer des signaux forts et d’exercer une influence importante sur leurs fournisseurs. Puisque les consommateurs n’entrent pas en négociations avec les fabricants dans leurs transactions et font plus souvent face à des marques de commerce qu’à des entreprises, « […]  les détaillants peuvent aider en limitant le choix des consommateurs [à des produits qui répondent à des critères préétablis] » (Quelch et Harding, 1996 dans Young et al. 2010:  23).

Certaines actions laissent croire à une volonté d’être environnementalement et socialement responsable. A l’époque de l’apartheird, par exemple, il y a eu boycottage de la part des États-Unis et de l’Europe envers les produits sud-africains en raison du régime discriminatoire contre la majorité noire, envers les produits français en raison des tests nucléaires et des produits chiliens en raison de la dictature militaire (Crane, 2001: 367). Une étude réalisée auprès des 500 plus grandes sociétés mondiales révèle que 35 % d’entre elles ont préféré stopper un projet d’investissement en raison d’atteintes aux droits de la personne et que 19 % ont même choisi de désinvestir et de quitter le pays (Bartoli, 2003 dans Gendron, 2006 : 55).

Notre façon de faire du commerce doit donc évoluer et différentes solutions sont proposées, dont le concept de commerce équitable. En principe, « [l]e commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au sud de la planète » (FINE, 2001 dans Le Velly, 2009: 99). Mais pour Bucolo (2003:113), il ne s’agit pas seulement de reconnaissance des droits sociaux, mais aussi des règles pour la sauvegarde de l’environnement. En se sens, le commerce équitable s’appuie grandement sur les principes du développement durable. Il tente de rétablir une certaine équité économique, de répondre aux critères de capacité de charge écologique et de réduire leur impact sur l’environnement et de faire une meilleure gestion des ressources. Il répond aussi aux critères de justice sociale relatifs aux mœurs et valeurs humaines, et aux relations avec les institutions et dans ce cas-ci, les producteurs.

Ce concept de commerce équitable, et les campagnes de sensibilisation en sa faveur, ont un impact sur le marché conventionnel. Les multinationales, non par souci d’équité, mais très souvent pour satisfaire les exigences éthiques des consommateurs, font de plus en plus d’efforts pour intégrer des clauses sociales et environnementales. (Bucolo, 2003:113)

Cet article se penche sur l’application de l’éthique dans le secteur de l’approvisionnement afin de développer un modèle cohérent avec les principes et valeurs du développement durable. Pour ce faire, cette étude :

a) recense les conséquences du modèle d’approvisionnement actuel afin de;

b) identifier les changements à y apporter;

c) identifier les avantages à passer à un modèle d’approvisionnement éthique/durable;

d) identifier les obstacles à la mise en place d’un modèle d’approvisionnement durable.

Cette étude s’appuiera principalement sur une revue de littérature.

 

Karine est étudiante en administration à l’ESG-UQAM. Cet extrait est tiré de son projet final de recherche.

 



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