L’agriculture en milieu urbain, un système durable ?
samedi 10 décembre 2011 15 h 45 min par Alain A. Grenier.
Mia La ROQUE
Mélissa PLANTE-HUSARUK
L’agriculture répond à notre besoin primaire de se nourrir. Pour ceux et celles qui la pratiquent et en vivent, l’agriculture est un mode de vie et une source de satisfactions personnelles et familiales (Cormier et al., 2007 : 4). Pour d’autres, elle est une source de revenue. Occupant une grande partie du territoire habité au Québec et contribuant abondamment à façonner le paysage québécois tout en développant son économie, l’agriculture a un impact considérable sur notre environnement (Cormier et al., 2007 : 5).
En raison du rôle majeur qu’elle joue dans les sociétés, l’agriculture – et par ricochet ceux qui en vivent – fait face à de nombreux défis (compétition mondiale, sécurité alimentaire, changements climatiques, concurrence entre production alimentaire et énergétique, etc.) qui l’amènent vers des mutations telles une diversification de ses activités commerciales et des pratiques agricoles respectant davantage l’environnement. Les consommateurs sont également plus conscientisés et préoccupés par la composition et la valeur nutritionnelle des aliments ainsi que leur qualité et leur innocuité. Ainsi, l’agriculture se doit de miser sur les caractéristiques qualitatives de ses produits afin de les encourager à demeurer actifs et en santé (Cormier et al., 2007 : 6). De plus, la progression technique de la production alimentaire et la manipulation génétique (OGM) sont d’autres facteurs qui ont aussi engendré une inquiétude sur la santé et la sécurité alimentaire (Chevassus et al., 2004: 23).
Certains consommateurs intègrent ainsi de nouveaux critères (éthique, politique, économique et environnemental) dans leur choix d’aliments et de consommation, ce qui se traduit par de nouvelles exigences : le bien-être animal, le respect des écosystèmes, l’achat local ou régional, les produits écologiques et l’agriculture biologique et bien d’autres (Cormier et al., 2007 : 7). En parallèle, certains agriculteurs profitent de l’éveil environnemental des consommateurs pour modifier leurs pratiques en faveur d’une agriculture plus saine : des modes de production plus respectueux de l’environnement, de la qualité de l’eau, du sol et de l’air. Un « mode de production agricole économiquement viable, socialement équitable, qui ne nuit ni à l’environnement ni à la santé » (MÉDDTL, 2011) fait donc son apparition. Dès lors, il est possible d’envisager une agriculture dite plus durable. «Sustainability is a process of improvement as well as a product of practices», soutient Hamm (2008 : 174).
Le rapport Brundtland (1987 : 51) présente le concept du développement durable comme « un développement qui répond aux besoins des générations actuelles sans pour autant compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » . Certains États ont choisi d’intégrer les principes de Brundtland à leur mode de gestion. Au Québec, par exemple, le gouvernement s’est doté d’une Loi sur le développement durable qui ajoute à la définition de Brundtland que «le développement durable doit s’appuyer sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement » (MDDEP, 2002). Ceci démontre ainsi un changement de valeurs de la société, un besoin de développer une plus grande autonomie et le désir d’avoir une meilleure qualité de vie. Dans ce contexte, l’agriculture durable vient proposer une nouvelle vision de l’alimentation, soit une agriculture qui vise à être responsable envers l’environnement et éthique à l’endroit des humains qui y travaillent (de la production à la distribution) tout en demeurant économiquement viable. Cette nouvelle vision de l’agriculture, plus près des besoins et des valeurs des consommateurs, passe inévitablement par un rapprochement physique des producteurs.
Les producteurs agricoles sont généralement situés dans des régions éloignés des consommateurs, ce qui oblige l’utilisation des transports sur de longues distances (Ehrensaft, 1981 : 112). Le transport ayant toujours été un élément clé de la politique agricole canadienne (Ehrensaft, 1981 : 112), l’approvisionnement local est une des solutions envisageables face aux enjeux de la distance de livraison et de la dépendance du transport (Godin, 2008). L’effet d’un tel rapprochement est non seulement bénéfique pour l’environnement (réduction des gaz à effets de serre) mais contribue à réduire les coûts et améliorer la qualité des aliments (Godin, 2008). De plus, l’agriculture urbaine que Hista (2007 : 3) définit comme étant la culture de produits destinés à l’alimentation réalisée dans un milieu urbain par ses habitants, est également une solution envisageable.
L’agriculture urbaine consiste à mettre en œuvre des alternatives qui permettent d’intégrer la production alimentaire dans le paysage de ville (SNHF, 2008 : 1), afin de rapprocher l’approvisionnement en fruits et légumes, d’accroître l’autonomie, de permettre une accessibilité à toutes les classes sociales et d’encourager l’économie locale. Plusieurs écrits portent, de façon générale, sur l’évolution de l’agriculture au Québec (Décary-Gilardeau, 2008; Durand, 1977), l’évolution des politiques agricoles canadiennes (CAAAQ, 2008; Ehrensaft, 1977), la production alimentaire en périurbain (Peltier, 2010; Chahine, 2011), les projets de verdissements et de valorisation des espaces. Néanmoins, peu d’études portent sur les opportunités de l’agriculture urbaine en lien avec le développement durable (Mougeot, 2006; Wegmuller, 2010). Cette étude veut ainsi compléter ce manque d’approfondissement. Elle propose d’identifier les opportunités de développement d’agriculture durable en milieu urbain.
Pour ce faire, cette étude :
a) recensera les avantages et les problématiques liées au développement de ce type d’agriculture en milieu urbain;
b) recensera les conditions physiques propices à l’établissement de l’agriculture durable en abordant la faisabilité de l’agriculture en milieu urbain;
c) mettra en lumière des modes de gestion et des incitatifs afin de favoriser ce type d’agriculture en milieu urbain (législations, réglementations, subventions, etc.).
Cette étude sera réalisée à partir de la littérature sur l’agriculture durable et l’agriculture urbaine. À cela s’ajoutent des visites d’expositions sur l’agriculture urbaine et des rencontres avec des spécialistes. L’étude propose aussi un regard approfondi par l’entremise d’exemples concrets, tirés dans la ville de Montréal, comme des serres urbaines, des jardins communautaires, des jardins collectifs, les projets agricoles périurbains locaux, les serres commerciales et les jardins de particuliers.
Mia La Roque est étudiante au baccalauréat en sciences comptables à l’ESG-UQAM.
Mélissa Plante-Husaruk est étudiante au en gestion du tourisme et de l’hôtellerie à l’ESG-UQAM.
Cet extrait est tiré de leur projet final de recherche.


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